Enfant, je cherchais déjà à m’extraire des remous d’une existence constituée de ruptures de toutes sortes (Marin, 2019). Dès lors, je me retrouvai habitée par une soif de (ré)union et un profond besoin de me (re)lier à l’autre. Au fil du temps, il m’apparut – intuitivement et ensuite comme une évidence - que la détérioration de nos relations affectives allait de pair avec la dégradation des écosystèmes (Guattari, 1989). Désireuse de participer à leur restauration, de renouer, je m’intéressai à la nature en élaborant une symbolique du jardin et une esthétique du prendre soin en résonance avec mes préoccupations. C’est à la maîtrise que je décidai de faire de mon besoin primaire d’interrelations humaines, d’être-ensemble ou d’être-avec (Nancy, 2013) mon sujet de recherche-création.




Dans le but de me consacrer à l’expérience de l’être-ensemble, je n’hésitai pas à me déraciner et à m’immerger dans un nouveau milieu de vie. Le processus d’adaptation déclencha un enchaînement de déliances et de reliances (Bolle de Bal, 2003) jusque-là inexplorées et auxquelles je m’abandonnai. Mon corps, les objets de ma pratique et le cours de mon existence en furent affectés. Les émotions brutes engendrées, je les passai par les filtres de la picturalité et de l’autofiction. À travers elles, j’arrivai à produire du sens, un gaz invisible avec lequel je m’oxygénai. Et à l’intérieur de ma cellule-atelier, tandis qu’un écosystème habitable composé d’images peintes, de fragments de carnet littéraire et de modules exploratoires prenait forme, je glissais moi-aussi dans la transformation.
Bibliographie :
Bolle de Bal, M. (2003). Reliance, déliance, liance : émergence de trois notions sociologiques. Sociétés, no. 80.
Guattari, F. (1989). Les trois écologies. Éditions Galilée.
Marin, C. (2019). Rupture (s) : comment les ruptures nous transforment. Éditions de L’Observatoire.
Nancy, J-L. (2013). Être singulier pluriel. Éditions Galilée.
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